Compléments alimentaires dans les résidences

Vous êtes résident en maison de retraite ou famille de résident, ce forum accueille vos observations, expériences, témoignages et suggestions pour améliorer la qualité de vie dans les établissements.

Joëlle Le Gall, Présidente de la FNAPAEF-Fédération nationale des associations de personnes âgées et de leurs familles-, se propose de répondre aux questions que vous vous posez concernant le Conseil de la Vie Sociale et de vous donner son éclairage en cas de difficultés rencontrées au sein de votre établissement.

Modérateur: jlegall

Compléments alimentaires dans les résidences

Message par beuchet » Mar 30 Déc 2008 17:48

COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES
Dans les Résidences de Personnes âgées






OBJET de l’ANALYSE
La consommation de compléments alimentaires a augmenté notablement dans les Résidences. Cette augmentation alerte particulièrement les « Conseils de la Vie Sociale » d’autant plus que ces produits ne sont pas pris en charge par la Sécurité Sociale. Leur coût est intégré au forfait journalier accordé aux Résidences Il en résulte qu’ils sont implicitement facturés aux Résidents. C’est à ce titre que nous avons décidé d’examiner la justification des arguments qui militent ou non pour leurs préconisations.


RÉFÉRENCE DU COMPLÉMENT ALIMENTAIRE
Le complément alimentaire n’est pas un médicament. Il dépend du code de la consommation et doit respecter la dose journalière maximale à ne pas dépasser. Il fait l'objet d’une déclaration auprès de la DGCCRF qui examine sa composition et réalise des contrôles à l'instar des autres catégories de denrées alimentaires.
Il a été défini récemment par la directive 2002/46/CE du Parlement européen, transposée par le décret du 20 mars 2006, savoir :
On entend par compléments alimentaires les denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seul ou combiné
La formulation est précise : il vient en complément et ne se substitue pas à une alimentation équilibrée que doivent apporter les nutriments nécessaires au maintien du bon état de santé d’une personne.
L’étiquetage des compléments alimentaires est lui aussi précisé, dans l’intérêt des consommateurs. Ainsi, il est interdit de prétendre prévenir, traiter ou guérir des maladies.


1 - L’ÉQUILIBRE ALIMENTAIRE
Selon les spécialistes de la nutrition, l’équilibre alimentaire est acquis avec un apport énergétique sensiblement réparti comme suit :
• 15 % de protides : origine animale (viande, poisson, oeufs, produits laitiers)
origine végétale (céréales et légumes secs)
• 35 % de lipides : ce sont les matières grasses contenues dans les aliments.
• 50% de glucides : pain, biscottes, pâtes, riz, pommes de terre, lentilles
Ces pourcentages utilisés pour décrire une "ration équilibrée " ne doivent pas être la base de référence pour concocter des menus quotidiens. Par ailleurs, les compléments alimentaires n’ont que rarement cette composition.


2 - LES VITAMINES INDISPENSABLES
L’expérience montre que la carence en vitamines naturelles B9 et B12 est préjudiciable au fonctionnement du cerveau. Ce sont les nutriments protecteurs de certains aliments qui concourent à la bonne santé. Citons en particulier :
B9 et C que l’on trouve dans les légumes verts, les fruits, noix, foie, fromages fermentés.
B12 figure dans la viande, le poisson et les œufs
Oméga 3 poisson, huile de colza, noix
Calcium fromage et ferments lactiques
E huile végétale,noix amandes, noisettes, poissons gras, œufs, légumes
Il a été démontré avec des produits naturels, que le risque du développement d’une maladie d’Alzheimer double au bout de 10 ans pour les personnes qui ont une alimentation pauvre en B9 ou B12. A l’inverse les grands consommateurs d’aliments riches en vitamines E ont une diminution du risque de 60 %. A noter que les comprimés artificiels de vitamine E n’ont pas la même action de protection.








LE COMPLÉMENT ALIMENTAIRE CONTESTE

1 – PRODUIT COMMERCIAL
Selon le Syndicat des fabricants de produits diététiques et de compléments alimentaires, le marché mondial s’élèverait à 45 milliards d’euros. En 2003 il était évalué à 600 millions d’euros pour la France. Les fabricants ne vont pas laisser échapper une telle manne !
Les compléments alimentaires se trouvent aussi bien en supermarché qu’en pharmacie, parapharmacie et boutiques bio, ce qui entretient la confusion d’un quelconque effet médicamenteux.
Contrairement aux médicaments, leur commercialisation ne nécessite pas d’autorisation individuelle de mise sur le marché. L’industriel est le seul responsable de la conformité avec les normes et décrets en vigueur, de la sécurité et de la non-tromperie du consommateur.

2 – POSITION DE L’AFSSA
L’Afssa a été sollicitée pour évaluer le fondement des allégations des fabricants par rapport aux bases scientifiques et aux études cliniques disponibles. Il s’ensuit que si le niveau de preuves scientifiques est positif et que le risque de santé publique est écarté, le produit évalué fait uniquement l’objet d’un avis favorable.
Exemple d’avis défavorable pour la vitamine K
L’Afssa estime qu’il n’existe pas actuellement de données suffisantes démontrant un effet bénéfique sur le squelette d’un enrichissement en vitamine K pour la population générale.
L’Afssa rejette en conséquence la possibilité d’un enrichissement des aliments courants en vitamine K car il fait courir un risque très difficilement maîtrisable chez les individus sous AVK .
Par ailleurs, l’Afssa maintient la dose maximale de 25µg/j pour les compléments alimentaires, dose qui apparaît ne pas entraîner de risque pour la population sous AVK, et maintient le rejet de l’utilisation de doses supérieures, même encadrées par un étiquetage qui dissuaderait les personnes sous AVK de consommer ces compléments alimentaires.

3 – L’ÉTUDE FRANÇAISE SU.VI.MAX
Elle a montré une diminution des risques de cancers et de décès dans un groupe d'hommes volontaires ayant pris des compléments alimentaires composés de 5 antioxydants. En revanche, aucun effet n’a été constaté sur les maladies cardiovasculaires. L’étude portait sur la tranche d’âge des 40 à 60 ans, évidemment non transposable aux seniors.

4 - LES OMÉGA 3
Ils interviennent à des niveaux aussi divers que la prévention des maladies cardiovasculaires, de certains cancers, des maladies neuro dégénératives du cerveau comme la maladie d'Alzheimer, ou encore en prévention de la prise de poids.
Toutefois, les oméga 3 font partie des nutriments dont il est le plus facile de couvrir 100 % des besoins d’un individu, en puisant dans les produits naturels.
Prendre des multivitamines lorsque l’on mange de tous les produits naturels, n’améliore pas les capacités intellectuelles.

5 – RISQUE DE CUMUL
La consommation de compléments alimentaires, associée à une alimentation comprenant des aliments riches en vitamines et minéraux, peut conduire au dépassement des doses maximales autorisées. . Il convient de rester prudent quant à leur consommation et de favoriser des aliments à forte densité nutritionnelle afin de bénéficier d’un apport optimal en vitamines, minéraux et micronutriments.
Aucun complément alimentaire ne permet de compenser l’apport de tous les micronutriments contenus dans les fruits et légumes. Seule une consommation riche et variée en fruits et légumes garantit la couverture des besoins. Mieux vaut consommer une orange qu’un comprimé de vitamine C

6 – INTERROGATION
Une personne qui ne veut plus manger est très vite anémiée. Comment fait-on pour lui faire avaler un complément alimentaire ? Ne pourrait-elle pas avaler de la même manière des produits naturels mixés ?












PRÉCONISATION du COMPLÉMENT ALIMENTAIRE
Les critères de préconisation auront été bien posés en fonction du statut nutritionnel de la personne examinée confortés par une série d’observations :
1 – Signes physiques
Susceptibles de révéler l'état de santé de la personne observée. Un clinicien averti soupçonnera une carence en vitamines et minéraux par l’examen des cheveux, langue, cou, ongles.
2 – Numération des globules rouges, l’hématocrite et l’hémoglobine
C'est le taux d'hémoglobine qui permet de suspecter une anémie : inférieure à 13g/dl chez l'homme et à 12g/dl chez la femme.
3 – Evaluation des ingesta
L'analyse d'un relevé des ingesta par un membre de la famille ou l'aide soignante, permet de dépister les patients à risque d'insuffisance d'apport. Ce relevé consiste à noter sur une feuille préparée à cet effet la quantité de chaque mets effectivement consommé pendant trois jours consécutifs.
Dénutrition si ingesta < 1500Kcal/j ou < 20Kcal/Kg/j
Toutefois cette méthode est sujette à caution :
• Comment quantifier valablement un poids de nourriture en Kcal/j
• La notation d’ ingesta est transcrite à priori mais ne reflète pas la réalité à posteriori
4 – Dosages biologiques :
albumine : malnutrition sévère inf à 30g/L
pré albumine : malnutrition sévère inf à 150 mg/L

Un déficit se caractérise par une insuffisance d’apport alors que la carence correspond à un apport quasiment inexistant entraînant des signes cliniques. Généralement, les déficits et les carences ne concernent que des groupes spécifiques : en particulier les personnes âgées, isolées ou en institution. Pour ces catégories fortement carencées, des allégations qui préconisent des vitamines B12 sont scientifiquement fondées. Il n’a jamais été prouvé que pour ces cas, les aliments naturels devaient être remplacés par des produits industriels.


QUELLES SONT les CAUSES de la DÉNUTRITION
Chez la personne âgée, la dénutrition exogène, est liée à la diminution des apports alimentaires dans un contexte social inadéquat. L’isolement familial, la perte de repères en institution, la solitude psychique, une surconsommation médicamenteuse ou comportant des molécules qui bloquent l’appétit, les difficultés pour avaler, sont des facteurs aggravants
L'alimentation de la personne âgée doit être une préoccupation majeure du personnel aidant et soignant. Elle fait partie des soins quotidiens à mettre sur le même niveau d'importance que l'administration de traitements médicamenteux.
Le rôle de l'infirmier passe tout d'abord par une information éducative de la personne âgée sur la nécessité d'une bonne alimentation, puis par une vérification et un contrôle des aliments ingérés, et un dépistage constant des premiers signes évocateurs d'une dénutrition et/ou d'une déshydratation débutante.
Ceci est d'autant primordial que l'état d'une personne âgée peut très rapidement s'aggraver en entraînant une cascade de réactions qui peuvent vite devenir incontrôlables et irréversibles

ESCARRES et COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES
L’absence d’irrigation sanguine des tissus est à l’origine de l’escarre, qui entraîne la destruction tissulaire. De nombreux paramètres interviennent dans le processus. Le rôle de la pression alliée à la perte de mobilité est prédominant. L'incontinence et tout particulièrement l'incontinence fécale, sont des facteurs aggravants, consécutifs aux problèmes d’immobilité.
Plusieurs études ont établi qu'un mauvais état nutritionnel et une mauvaise absorption des aliments seraient liés à la formation d'escarres. Cela ne signifie pas qu'il existe un lien causal, entre l'état nutritionnel et le développement d'escarres. Breslow et Bergstrom n'ont trouvé aucun lien entre une carence biochimique ou nutritionnelle en zinc, vitamines C, vitamines A ou vitamines E et l'apparition d'escarres.
L'existence d'un tel lien n'a jamais été démontrée, et il n'existe aucune base théorique permettant d'avancer cette hypothèse. Les recherches sur le rôle éventuel de certaines vitamines dans l'apparition d'escarres sont encore trop peu nombreuses.




L’AIDE au REPAS PRÉVIENT la DÉNUTRITION
Bien manger est un facteur qui favorise la bonne santé chez les seniors. Sur une période de 6 mois, une équipe américaine a observé deux groupes de résidents de maison de retraite :
o Le premier était aidé pour les repas et collations 2 fois par jour, cinq jours par semaine.
Le temps passé par le personnel était de 42 minutes pour les repas et 13 minutes pour
les collations.
o Le second bénéficiait de soins habituels soit 5 minutes pour les repas et 1 minute pour les collations.
A l’issue de l’expérience, les premiers n’ont pas perdu de poids, voire ont grossi, les seconds ont maigri.
L’aide au repas entraîne bien évidemment la mise à disposition d’un personnel aidant.

LES PISTES de l’AUGMENTATION de la CONSOMMATION des COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES
1 - Les fabricants
Ils utilisent des allégations persuasives de leurs produits auprès des médecins et du grand public.
2 – Les médecins
Nécessairement, ils sont influencés par les arguments des fabricants qui légalement ont la responsabilité de la préconisation quantitative. Pour preuve le relevé d’une notice qui devrait suffire à montrer que les compléments alimentaires ne sont pas sans risques :
L’idéal est de les prendre en cures de un à trois mois renouvelables, selon les recommandations portées sur l’étiquetage. Dans votre intérêt, ne dépassez pas les doses indiquées et ne cumulez pas plusieurs compléments contenant les mêmes nutriments : le risque de surdosage, même minime, existe. Le trop est l’ennemi du bien, ne l’oubliez pas !
3 – La résidence :
Les ordonnances des praticiens ne mentionnent pas toujours la cadence de consommation. C’est donc un peu laissé à l’interprétation du personnel de la résidence :
• Tel résident n’a pas assez mangé, alors un « petit pot »
• Tel autre refuse les mixés, alors « un petit pot »

ALTERNATIVE aux COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES
Tous les établissements appelés à gérer les « seniors » devraient être sensibilisés dans la recherche d’une alternative aux substituts alimentaires. Ceci concerne particulièrement les personnes qui ne peuvent plus ingérer tous les aliments qui leur sont servis ; celles qui ne veulent plus manger ; celles qui sont condamnées à avaler des « mixés », ce genre de produits qui n'a ni goût ni odeur.
Pascal LAMBRE cuisinier en maison de retraite, a mis au point une technique pour rendre l’alimentation naturelle appétissante. La solution réside dans la Cuisine Traditionnelle Modifiée. Un concept totalement culinaire et gastronomique pour redonner le plaisir de manger.
Ce sont des plats cuisinés soi-même que l’on modifie en rendant plus solide un produit liquide ou plus léger un produit solide, tout en préservant les couleurs et les saveurs.
La Cuisine Traditionnelle Modifiée ne se résume pas à mixer des aliments. Bien loin d’une « bouillie informe », c’est au contraire un travail précis sur les textures, l’enrichissement, les goûts, les couleurs.
La formation dispensée par Pascal LAMBRE aux cuisiniers des établissements valorise l’entreprise et les hommes. Elle s’intéresse également aux problèmes de déglutition, dénutrition, déshydratation et analyse les procédures d’hygiène spécifiques.

CONCLUSION
L'alimentation naturelle doit être privilégiée. Pour résumer le texte précédent, une véritable stratégie d'équipe doit être mise en oeuvre : personnalisation des menus, adaptation de la texture, maintien d'une bonne hygiène bucco-dentaire, attention apportée à la convivialité et à la présentation des repas, installation confortable du patient, temps suffisant donné pour l'alimentation, apport d'une aide adaptée, analyse critique des médicaments absorbés et du moment de leur prise par rapport à celle des aliments.
Si une dénutrition est dépistée, il faut envisager des apports hyper caloriques et hyper protidiques qui devraient s’orienter vers la Cuisine Traditionnelle Modifiée.
Au cours de nos recherches, nous n’avons trouvé aucune justification de préconisation des compléments alimentaires. Ceux ci pourraient constituer éventuellement une solution de dépannage, en ayant toujours à l’esprit le risque de cumul. Par exemple, la vitamine du zinc devient un poison en cas de surdosage.
Notre avis est que les compléments alimentaires, doivent être limités pour les personnes âgées, tant que la preuve ne sera pas apportée du bien fondé de leur administration.

Les médecins pourront s’interroger sur la validité de notre analyse. Rappelons qu’elle n’a pour but que d’examiner la dépense occasionnée par le développement de la distribution des compléments alimentaires. Si nous sommes regardés avec condescendance, nous pourrions à notre tour être surpris de certains piluliers qui rassemblent 19 gélules journalières pour un seul patient.
beuchet
 
Message(s) : 1
Inscription : Mar 30 Déc 2008 17:34

Retour vers LA VIE EN MAISON DE RETRAITE, CONSEILS DE LA VIE SOCIALE (CVS)

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité